Pour une Communication Educative

Modèles d’Education et de Communication

 

 

2. Il est important d’éclairer l’idée d’éducation qui guide nos pratiques de communication. A chaque type d’éducation correspond une conception précise et pratique de communication.

 

3. On peut considérer trois modèles fondamentaux :

 

Ø      Education qui met la priorité sur les contenus

Ø      Education qui met la priorité sur les effets

Ø      Education qui met la priorité sur le processus

 

 

 

4. PRIORITE SUR LES CONTENUS

C’est le type d’éducation traditionnelle, basée sur la transmission de connaissances et de valeurs. L’éducateur (ou le communicateur), est celui qui « connaît » et qui a  enseigne à celui qui ne « connaît pas ».

Il « dépose » connaissances, idées, principes dans la mémoire des jeunes, des collaborateurs.

 

5. Il s’agit d’une éducation verticale, autoritaire, paternaliste.

Ce type d’éducation INFORME mais NE FORME PAS.

 

6.

 

L’EDUCATEUR

L’ELEVE

Toujours celui qui éduque

Toujours celui qui est éduqué

Celui qui parle

Celui qui écoute

Celui qui prescrit les règles

Celui qui obéit

Celui qui choisit les contenus

Celui qui accueille les contenus

Celui qui connaît

Celui qui ne connaît pas

Il est le sujet du processus éducatif

Il est l’objet du processus éducatif

 

 

7. L’OBJECTIF D’UN TEL MODELE EDUCATIF EST QUE L’ELEVE APPRENNE, MAIS IL N’Y A PAS D’APPRENTISSAGE,  D’ASSIMILATION SANS LA PARTICIPATION  ET

L’ELABORATION PERSONNELLE.


 

8. « L’éducation bancaire dicte des idées, il n’y a pas un inter change d’idées. On ne débat pas non plus. On travaille sur le sujet à éduquer. On lui impose un ordre auquel il doit obligatoirement s’accommoder. On n’offre pas les moyens pour penser authentiquement…

On ne permet pas à l’individu un effort de ré-création, d’invention » (Paul Freire).

 

Notre éducation doit susciter, stimuler dans les destinataires de nos messages une ré-création, une nouvelle invention.

 

9. Dans ce modèle d’éducation, la communication est entendue comme transmission d'informations.

 

 

                                MESSAGE

 E                                                                                     R

 

Un émetteur (E) envoie son message (M) à un récepteur (R).

 

 

10. L’émetteur est l’éducateur qui parle à son élève qui doit l’écouter avec passivité. Il s’agit de celui qui « connaît » et qui émet un message (un article, un programme radio ou télé etc.) selon ses idées, à celui qui « ne connaît pas » et qui reçoit l’information. C’est un MONOLOGUE.

 

 

LE COMMUNICATEUR

LE RECEPTEUR

Emet

Reçoit

Parle

Ecoute

Choisit les messages

Il est informé

Est celui qui connaît

Il est celui qui ne connaît pas

 

 

11. Un modèle loin de la pratique quotidienne ?

Dans notre communication éducative tel modèle autoritaire ne devrait pas exister. Mais sans doute, la conception communicative « émetteur-message-récepteur » est tellement présente dans le tissu social, apparaît tellement naturelle et courante que sans que nous en soyons conscients elle agit avec force sur nous.

Voici quelques exemples :


 

Ø      Organisons-nous le bulletin de la paroisse, du patronage, de l’école en consultant les destinataires pour écouter leurs nécessités, leurs aspirations ? ou bien le remplissons-nous du début à la fin avec nos idées et nos informations ?

Ø      Quand nous proposons une initiative pastorale, partons-nous des besoins des jeunes ? ou bien nous préoccupons-nous de programmer le parcours entier selon nos schémas mentaux déjà surs et expérimentés ?

Ø      Quand nous utilisons des vidéos  ou diapos dans notre animation, faisons-nous en sorte que les jeunes aient un espace pour penser, pour re-créer leur prpore élaboration ? Ou bien les bombardons-nous avec des images, des effets sonores et musicaux ?

 

12. En synthèse dans notre communication éducative :

 

LANCONS-NOUS  DES AFFIRMATIONS OU CREONS-NOUS LES CONDITIONS POUR UNE REFLEXION PERSONNELLE ?

NOS MOYENS MONOLOGUENT-ILS OU DIALOGUENT-ILS ?


 

 

 

 

 

13. PRIORITE SUR LES EFFETS


 

14. Ce modèle

 

Ø      met en discussion le modèle traditionnel car il est   né en réaction à celui-ci, comme un essai d’éducation plus moderne, actuelle ;

Ø      il donne importance à la motivation ;

Ø      il fonde une communication comme réponse du destinataire ;

Ø      il pose comme objectif le changement d’attitude ;

Ø      il se préoccupe d’évaluer le résultat ;

Ø      il s’agit d’une méthodologie active.

Si la pédagogie précédente est d’origine européenne, ce deuxième modèle naît aux Etats-Unis au 20ème siècle, pendant les années ‘40.

 

15. La PERSUASION est dans ce modèle une idée clef. Il ne s’agit pas seulement d’informer et de transmettre des concepts, d’inculquer des valeurs, mais surtout de convaincre, manipuler, conditionner l’individu, afin que celui-ci adopte la nouvelle conduite proposée.

 


16. Il s’agit d’une psychologie qui ne tient pas compte du développement autonome de la personnalité de l’individu, Elle se préoccupe de rechercher les mécanismes qui aident à la « persuasion, pour modeler le comportement en accord avec les objectifs déjà établis. C’est l’objectif de la « psychologie du comportement » (Béhaviorisme), qui se fonde sur le mécanisme de la stimulation - réponse et qui donne origine à ce type de modèle.

 

17. Selon ce modèle, l’habitude a une place centrale. Pour habitude on entend la relation entre la stimulation et la réponse, réponse pour laquelle on recevra une récompense. L’habitude, ainsi définie, est une conduite automatique, non consciente, sujette aux conditionnements, aux manipulations de l’éducateur. En fait, c’est lui qui gère la stimulation et la récompense adéquate.

Eduquer ne signifie pas réfléchir, mais créer des habitudes.

 

18. Deux sont les stratégies que les éducateurs, formés à ce modèle, adoptent pour gérer le conflit :

Ø      Ne pas faire attention aux destinataires : l’éducateur a toujours raison.

Ø      Chercher d’introduire le nouveau comportement en évitant le conflit : souligner les avantages et insister sur la récompense.

C’est comme dire : inculquer des nouvelles attitudes sans passer à travers la réflexion, l’analyse, la conscience ; sans les soumettre à un choix libre.

 

19. La conscience et la liberté dérangent, font perdre du temps. Par contre on vise surtout au résultat. C’est qui vraiment intéresse ce n’est pas le fait que la personne pense, discute et prenne une décision libre et autonome, mais plutôt de la convaincre la personne, de la conditionner, de lui offrir une récompense afin qu’elle adopte pour toujours le changement d’attitude souhaitée.

 

20. Ces mécanismes sont appliqués par :

-         les mass-media

-         les techniques publicitaires

-         les campagnes politiques

Dans tous ces cas on fait pression sur la masse.

Persuasion, manipulation, conditionnement sont les mots clefs.

 

21. L’importance de la « programmation » dans le parcours éducatif, détermine une participation de l’élève qui est seulement apparente. En fait, tout est déjà défini du moment du départ (contenus, moyens, objectifs). L’élève « participe » seulement en exécutant.

 

22. A partir de l’objectif : que l’élève AGISSE

-         on s’habitue à être guidé par les autres;

-         on ne donne pas d’espace aux activités d’intégration des concepts, des connaissances, des valeurs acquises, la capacité d’analyser la réalité de manière globale ;

-         on ne promeut pas la participation, l’autogestion, l’autonomie ;

-         on ne favorise pas. la solidarité, mais au contraire on vise à la compétitivité ;

-         on ne développe pas la conscience critique et la créativité ;

-         ce modèle, du point de vue socio-politique, a l’effet d’adaptation au Statu quo.

 

Le schéma de la communication de la persuasion introduit une différence importante par rapport à celui de l’éducation traditionnelle : « Il y a toujours communication quand à travers la transmission de signaux, une source influe sur le récepteur » (Osgod, 1961)

 

Il faut analyser ce schéma avec attention puisqu’il s’agit d’un modèle classique de communication, le plus employé et reconnu.

 

                                      MESSAGE

E                                                                                    R

                                        Feed-back

 

 

23. Il y a un émetteur (E) qui envoie un message (M) à un récepteur (R), lequel, continue à être considéré comme dépendant ; le feed-back ou réaction du récepteur est recueillie par l’émetteur. Ce modèle peut être perçu comme quelque chose de plus équilibré, car il reconnaît au récepteur l’opportunité de réagir. Pourtant, Il ne faut  pas oublier que nous nous trouvons devant une communication PERSUASIVE dont l’objectif est celui d’arriver aux effets désirés.

 

24. Le Feed-back a, donc, une signification et une fonction très différente.

Ø      Il sera POSITIF si l’individu accepte la proposition de l’éducateur (il change d’attitude), ou NEGATIF s’il la refuse.

Ø      Dans ce dernier cas, la négation sert à l’émetteur comme évaluation en vue de « modifier » les messages suivants et d’obtenir la réponse désirée.

 

25. Nous devant ce modèle

En tant qu’éducateurs, nous ne sommes pas exempts à ce deuxième modèle de communication. Il s’agit de nous demander : dans quelle mesure, consciemment ou inconsciemment, reproduisons-nous dans notre manière de communiquer le type de pédagogie qui met la priorité sur les effets ?

 

Ø      Donnons-nous plus d’importance aux effets immédiats de nos réalisations plutôt qu’au processus des participants ? Forçons-nous les résultats, sans respecter le rythme de croissance des destinataires et leur liberté ?

Ø      Donnons-nous plus d’importance à la quantité qu’à la qualité : on compte les participants, les lecteurs, les spectateurs plutôt que d’analyser la qualité de la compréhension et de l’engagement ?

Ø      Programmons-nous le contenu de nos actions, de nos campagnes, de nos moyens de communication sans nous préoccuper de la réelle « participation » de nos destinataires et collaborateurs ?

Ø      Dans nos messages, cherchons-nous surtout « l’impact », faisons-nous appel seulement aux effets émotionnels, sans faciliter la réflexion et l’analyse personnelle ?

 

EN CONCLUSION :

 

NE VENDONS PAS ESPRIT CRITIQUE

SOLIDARITE- ATTENTION

COMME ON PEUT VENDRE DU COCA-COLA

 

 


26. PRIORITE SUR LE PROCESSUS

Le troisième modèle se concentre sur la personne et il met la priorité sur le processus éducatif. C’est le modèle que Paul Freire, son principal inspirateur, appelle « L’EDUCATION LIBERATRICE ou TRANSFORMATRICE ».

 

On peut dire que ce modèle est né en Amérique Latine, mais en fait il a reçu des apports intéressants par des pédagogues de l’Europe et des Etats-Unis.

 

27. Les bases de cette pédagogie sont dans l’affirmation du Brésilien Paul Freire :

« L éducation est praxis, réflexion, action de l’homme sur le monde pour le transformer ».

 

28. Donc, il ne s’agit pas d’une éducation qui informe, mais d’un processus qui cherche à former les personnes et à les rendre capables de transformer leur réalité A partir de cette première définition, Paul Freire extrait les principes de cette nouvelle éducation :

Ø      pas un éducateur d’élève

Ø      pas un élève pour un éducateur

Ø      mais un éducateur avec un élève

 

29. Dans ce modèle, il y a encore « un changement d’attitude ». Le sujet n’est pas associé à des habitudes acquises. Le changement consiste dans LE PASSAGE D’UNE PERSONNE A-CRITIQUE A UNE PERSONNE CRITIQUE. Tel passage est un processus libre, dans lequel les jeunes sont appelés à prendre leurs décisions de plus  en plus avec autonomie.

 

30. Plus qu’enseigner des concepts et à transmettre des contenus, ce qui intéresse l’éducateur est que l’élève APPRENNE A APPRENDRE ; qu’il soit capable de réfléchir, de développer sa capacité de déduction, de rentrer en relation, d’acquérir une conscience critique. 

 

31. Dans ce modèle d’éducation, l’élève n’a pas tellement besoin de données et d’informations, mais plutôt d’instruments pour penser, pour mettre en relation un fait avec un autre et d’en tirer des conséquences et des conclusions ; pour se construire une conscience globale, une vision cohérente de la réalité.

 

32. Le modèle se base sur la participation active du sujet dans le processus éducatif et de la formation pour la participation à la vie sociale.

 

33. Dans ce modèle l’erreur n’est pas refusée, on la perçoit comme une étape nécessaire dans la recherche, dans l’approche de la vérité. Le conflit aussi est assumé comme force génératrice et critique. On est convaincu que sans crise difficilement il y a croissance.

 

34. Ce modèle propose un type d’éducation de GROUPE, communautaire : personne s’éduque de soi-même. Le groupe détient le pouvoir de l’éducation. L’éducateur est là pour stimuler, faciliter le processus, pour poser des questions, pour écouter, pour aider le groupe.

 

35. Ce modèle exalte les valeurs communautaires, la solidarité, la créativité ; les valeurs et les capacités potentielles de la personne.

 

36. Dans cette vision pédagogique, la communication est assumée en vue de stimuler la réflexion, le dialogue et la participation.

 

37. C’est une éducation qui va dans le sens de l’engagement social : une éducation qui prend en compte les exclus et qui se propose de contribuer à leur libération.

 

38. En synthèse, l’objectif de ce troisième modèle est que :

LE SUJET PENSE ET QUE SA PENSEE LE POUSSE A TRANSFORMER SA PROPRE REALITE.

 

39. Les risques.

On pourrait penser que dans ce modèle il n’y a rien à contester. Pourtant, il faut signaler les risques et les conséquences négatives. En fait, certains pédagogues refusent tout apport de l’éducateur en le retenant comme une manipulation. Une chose est certaine « personne s’éduque tout seul ».

 

40. « Le dialogue est la relation horizontale entre A et B. Quand les deux pôles du dialogue se rencontrent dans l’amour, l’espérance, dans la confiance réciproque, on devient critiques dans la recherche commune de quelque chose. Seulement dan s ces conditions réunies  il y a la communication. Seulement le dialogue communique »(Paul Freire).

 

41. Depuis toujours, il y a deux manières d’entendre le terme « communication » :

- L’action d’informer, de transmettre, d’émettre. Verbe : COMMUNIQUER.

- Dialogue, inter-échange, partage, réciprocité. Verbe : SE COMMUNIQUER.

 

42. Le terme communication dérive de la racine latine « communis » qui signifie mettre en commun quelque chose avec quelqu’un. C’est la même racine que communauté, communion ; il exprime le sens du partage, de la mise en commun, de ce qu’on a et de ce qu’on est. Pourquoi cette dernière définition est allée se perdre ?

 

43. La principale raison de telle « substitution » est du à l’irruption des mass-media ou moyens de communication sociale : la presse, la radio, la télévision…

Ø      Ces moyens de communication s’approprient du terme COMMUNICATION et ce sont eux qui souvent ont réduisent la communication à l’action de transmettre et d’informer..

Ø      Ainsi, au lieu de considérer la communication dans sa capacité de mettre en relation les hommes, de valoriser les ressources humaines, l’homme influencé par l’irruption des mass-média, a entendu la communication en tant que technique,

 

44. La différence entre communication et information devient toujours plus claire et nette :

Ø      Communication est un processus à travers lequel un individu entre en coopération mental avec un autre afin que les deux aboutissent à une conscience commune.

Ø     Information, au contraire, est n’importe quelle transmission unilatérale du             message d’un émetteur à un récepteur.

Le processus de communication doit se réaliser de telle sorte que tous ont l’opportunité d’être des émetteurs et des récepteurs.

Le canadien Jean Cloutier fournit un nouveau terme qui exprime bien cette définition : EMIREC : émetteur et récepteur en même temps.

 

46. Chaque homme, affirme Cloutier, doit être considéré comme un EMIREC. Tout être humain est doté de ses deux fonctions. Chaque personne a donc le droit de participer au processus de communication en s’exprimant alternativement en tant qu’émetteur et récepteur.

 

46. Graphique du modèle

Le modèle de communication qui déclenche de cette conception pourrait être représenté graphiquement par 2 ou plus EMIREC qui s’échangent des messages entre eux dans un cycle bi-directionnel permanent.

 

EMIREC  A                                                   EMIREC  B

 

 

47. Confrontons ce modèle avec nos moyens et nos messages de communication éducative :

Ø      Génèrent-ils le dialogue avec nos destinataires ?

Ø      Comment activer davantage le dialogue ?

Ø      Que faire pour favoriser encore plus la participation ?